Savoie et tourisme: une raison d’être

La Savoie Mont Blanc , nom donné pour représenter les deux Savoie (Savoie et Haute Savoie) est une des principales régions touristiques de France.

BlasonduchefrSavoieSelon l’Observatoire de la Savoie le tourisme mobilise, en 2016, 18% de l’emploi de la région et 19% de son PIB.

Ce sont 65,8 millions de nuitées en 2015 en Savoie Mont Blanc (juste derrière le Var avec 66,1 millions). Les deux départements se comparent à un seul car leurs populations y sont comparables.

Ce tourisme est majoritairement concentré dans la Vallée de la Tarentaise (19.736.700 nuitées et 30% du total), suivie du Pays du Mont Blanc (12.194.200 nuitées et 18% du total).

Elle attire de nombreux clients étrangers (31% des nuitées) et parmi eux de nombreux anglais (en hiver) et des néerlandais (en été). De nouveaux clients étrangers tels que les russes et les chinois sont également nombreux à découvrir cette magnifique région.

Mais comment s’est bâtie cette industrie de l’or blanc?

D’autres départements tels que l’Isère ou ceux des Pyrénées partaient pourtant avec des avantages plus importants : transports plus aisés, population locale plus nombreuse.

Pourtant cette région alpine, à l’origine dépeuplée et difficile d’accès, est devenue la première région du tourisme montagnard en France, et deuxième mondiale.

Des explications sur l’attrait touristique de la Savoie sont données par des chercheurs universitaires tels que Jean Miège (1912-2002).

Nous reproduisons ici une partie de ses écrits tirés de La vie touristique en Savoie. Dans : Revue de géographie alpine, tome 21, n°4, 1933. pp. 749-817.

Ce texte de 1933 donne une explication basée sur le désenclavement de la région et de son intérêt touristique pur.

[…]Au Moyen-Age, on se pressait vers les centres de pèlerinage et les lettrés s’intéressaient aux richesses artistiques.

La Savoie n’avait rien de tout cela ; Aussi ne faisait-on que la traverser pour aller visiter Rome et l’Italie.

 Un jour, on daigna s’intéresser aux eaux ; les médecins et les savants leur découvrirent des propriétés variées, une efficacité surprenante. On s’avisa d’utiliser à nouveau les eaux d’Aix, celles d’Evian, et ainsi s’ouvrit, modeste, l’ère touristique de la Savoie.

 Au XVIe et au XVIIe siècles, ce sont les eaux qui ont fait la réputation de la Savoie et ont été, aux yeux des contemporains son seul mérite.

 

 C’est donc l’attraction la plus ancienne, celle qui a exercé l’action la plus constante et peut-être la plus forte. L’étranger s’est arrêté longtemps à la lisière des Alpes, à Aix et à Evian.

brides les bains

Et ce n’est qu’au début du XIXe qu’il s’est mis à fréquenter Saint-Gervais et Brides, plus tard encore Challes.

 

De nos jours (Ndr 1933), ces stations thermales forment un faisceau d’attractions des plus solides, d’autant qu’elles sont heureusement réparties à travers la Savoie :

à la porte des Alpes règnent Aix au Sud et Evian au Nord, Challes dans une cluse préalpine, Saint-Gervais au fond du sillon alpin et Brides dans le corridor de Tarentaise.

 

Ainsi des noyaux touristiques de première grandeur se sont trouvés semés un peu partout.

 Mais dès 1741, une deuxième attraction aussi puissante surgit : c’est l’ensemble, unique en Europe, des glaciers de Chamonix et des sommets du massif du Mont-Blanc.

 

Car le résultat de la « découverte » de cette rareté par les Anglais Windham et Pococke fut de provoquer un appel sans cesse croissant d’étrangers vers une des parties les plus reculées et les plus montagneuses de la Savoie.

mer de glace

A vrai dire, tout d’abord on ne s’intéressa pas aux montagnes, mais aux « glacières de Chamonix », et, surtout après l’exploit de Balmat au fameux Mont-Blanc [Ndr, premier à l’avoir gravi en 1786].

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 A l’époque, cette attraction nouvelle joua un rôle de tout premier ordre : de suite, elle fît connaître la Savoie à tous les pays d’Europe, tandis que si les stations thermales étaient plus fréquentées, leur clientèle n’était pas encore cosmopolite.

Depuis, le Mont-Blanc n’a cessé d’être l’objet de la curiosité universelle et d’attirer des visiteurs de partout.

 aix les bainsLes lacs, eux, ont été appréciés depuis toujours, mais n’ont été l’objet d’une exploitation véritable qu’après 1830 et plus tard encore : au lieu de se contenter de les visiter, il fut de mode de venir villégiaturer sur leurs rives.

 

 

 

Dans ce domaine, la Savoie avait l’avantage, car chez elle sont les lacs les plus beaux et les plus grands de France. [Lac Leman, Lac D’Annecy, Lac du Bourget]

 

[…]

La cure d’air en montagne, pratiquée depuis longtemps en Suisse [Ndr voir notre article sur Saint Moritz], ne fut l’objet d’exploitation en Savoie que vers la fin du XIXe siècle.

 Cette attraction de l’altitude a été singulièrement renforcée au début du XXe siècle et surtout depuis une dizaine d’années [Ndr 1920] par la pratique des sports d’hiver. Pour les gens à la recherche des sensations inédites que procurent ces sports, la Savoie réservait de magnifiques champs de neige.
[…]
Toutes ces attractions qui se pressent dans un espace restreint se sont prêtées main-forte les unes aux autres.

La cure thermale s’est fait escorter d’une cure d’altitude, et les villes d’eaux ont fourni une partie de leur clientèle aux stations de montagne pour une post-cure.

Nombre d’étrangers inscrivent Aix, Evian, Annecy et Chamonix au programme de leur saison.

 

 1778 fut la première année où l’on put arriver en voiture à Chamonix.

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C’est alors que se multiplièrent les visiteurs, et la première auberge du Prieuré, l’Hôtel de Londres, créé par Mme Tairraz à la suite du voyage de Windham, se vit renforcer de deux autres.

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 L’affluence, de quelque 150 à 200 personnes dans les premières années, serait passée, en 1783, à plus de 1.500 personnes dans les trois auberges de Chamonix ; Soit une cadence de 30 personnes par jour pendant les deux grands mois d’été. Les Anglais sont en majorité, mais des Français, Suisses, Allemands et Polonais sont aussi inscrits.

 Mais la durée du trajet est long et malgré les quelques améliorations de la voirie et de la traction (voiture de 20 chevaux), il faut 10 heures depuis Genève pour arriver à Chamonix.

En 1870 une belle voie touristique est créée par les soins de Napoléon III : Chamonix entre en possession d’une grande artère à l’instar du Mont-Genis, doté depuis soixante ans, par les soins de Napoléon Ier, de sa grande route impériale.

 Après 1870, le trajet est fait en moins de 8 heures, y compris l’arrêt à Sallanches ou au Fayet pour déjeuner.

 Ainsi une route digne d’une circulation intense donne de l’air à la vallée, évite un transbordement fastidieux et facilite singulièrement l’approvisionnement des hôtels du Prieuré.

 Mais si la route permet un parcours plus aisé, voire même plus rapide, elle n’eut pas, semble-t-il, pour l’instant une grande influence sur la fréquentation de Chamonix.

En effet, de 1862 à 1865, le chiffre des visiteurs s’accroît de 3.000, tandis qu’en 1877, donc sept ans après l’ouverture de la route, le total des touristes n’est supérieur à celui de 1865 que de 1.000 à 1.200 unités.

 Un autre facteur de développement a donc dû jouer à une date antérieure.

 Il faut, en effet, attribuer alors le grand rôle dans l’accroissement de la vie touristique aux voies ferrées. L’installation des chemins de fer n’intéresse pas les seuls grands centres, mais la Savoie tout entière.

 Dès 1893, au 1er juin, la Tarentaise s’ouvre à la voie ferrée qui remplace les diligences jusqu’à Moûtiers. Deux ans plus tard, devant l’affluence des baigneurs, Brides et Salins sont dotés d’un outillage moderne : les grands hôtels, les établissements et, à Brides, le casino sont aménagés simultanément. Pralognan doit en ressentir du bien-être, puisque l’ère de la construction de ses hôtels date précisément de 1896. En 1913, la voie ferrée va faire lever quelques hôtels à Bourg-Saint-Maurice.

Au 3 juin 1901, Annecy est réuni à Albertville.

Chamonix Mer de glace

La ligne du Fayet à Chamonix est inaugurée au 25 juillet 1901, et du coup, la station gagne plusieurs milliers de visiteurs.

 Un autre résultat est de débloquer Chamonix en hiver et de lui permettre dès lors d’exploiter ses hôtels pendant deux saisons en profitant de l’enthousiasme naissant pour les sports d’hiver.

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 De plus, la montagne elle-même a été dotée de voies touristiques pour exploiter les sites les plus célèbres : le chemin de fer du Salève est en fonction depuis 1882, celui du Revard est installé dix ans plus tard.

Au 9 août 1908 on inaugure le chemin de fer de Montenvers; la crémaillère du col de Voza, construite en 1909, pousse jusqu’à 2372 mètres en 1912. Depuis la [la première] guerre se sont  montés 3 téléphériques : celui de l’Aiguille du Midi, installé depuis 1927, monte à 2406 mètres ; le Brévent est exploité par le téléférique de Plan-Praz depuis 1928 ; enfin, en 1932, est entré en exercice le téléphérique du Salève.

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 Cependant les chemins de fer seuls sont loin de justifier le développement des stations d’altitude. Il faut envisager, en effet, le rôle de plus en plus considérable des transports automobiles.

 L’usage des bicyclettes et des automobiles est de plus en plus fréquent.

Vers 1900, les 3 hôtels de Megève servent de halte chaque jour pendant la belle saison à des groupes de 15 à 20 cyclistes pédalant vers Chamonix.

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 A partir des année 1920-1930, […] les stations de montagne profitent des nouveaux moyens de locomotion pour prendre leur essor, événement tout contemporain.

Si l’on se reporte, en effet, à une carte indiquant la distance des communes à la voie ferrée, on constate que les centres touristiques [des années 30] sont loin des lignes de chemin de fer : dans les Préalpes, Abondance est à 24 km de la gare d’Evian, Morzine à 23 km de la voie étroite de Taninges et à 37 km de Thonon ; en Genevois, Thônes à 20 km d’Annecy et La Clusaz à 32 km ; le Châtelard en Bauges est à 21 km de Saint-Pierre d’Albigny.

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Le Sillon alpin ne devient touristique que lorsqu’il est loin de la voie ferrée : La Giettaz est à 21 km d’Ugine, Flumet à 13 km ; Megève est à 12 km de Sallanches et Combloux à 7 km.

Dans les massifs centraux, Les Contamines sont à 13 km du Payet et Beaufort à 10 km d’Albertville.

Le cas de la zone intra-alpine est pire encore. C’est ici une règle : la vallée occupée par la voie ferrée est presque vide de centres touristiques : Pralognan, à 27 km de Moûtiers, ne tire aucun profit de l’autobus électrique remplaçant le tramway, qui s’arrête d’ailleurs au Villard-de-Bozel ; Nancroix est à 11 km de la gare de Landry; Val-d’Isère à 32 km de Bourg-Saint-Maurice.

Même phénomène en Maurienne : Valloire est à plus de 16 km de Saint-Michel de-Maurienne ; Bonneval-sur-Arc perche à 13 km de l’autobus de Lanslebourg et à 42 km de Modane ; Lanslebourg lui-même est à 23 km de Modane.

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La crise économique des années 1930, la seconde guerre mondiale et surtout l’émergence d’une classe moyenne vont profondément bouleverser ces vallées.

Elles ont reçu pendant des siècles l’élite internationale qui venait dans cette région en villégiature, souvent pour plusieurs semaines voire pour des mois. Les thermes, les lacs vont laisser la place aux sports d’hivers et principalement au ski alpin.

Ce développement sera l’objet d’une deuxième partie sur le tourisme en Savoie, avec les stations de deuxième génération et en tout premier lieu, celle de Courchevel. Nous parlerons également de la démocratisation du ski et des stations de type 3ème génération et du boum touristique de la Savoie insuflé par le Plan Neige.

 

 

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